´´MAGIC BOX´´

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Interview

 


 

INTERVIEW de Frédéric Karikese, par François Willems.

 

Je retrouve dans la majorité de tes créations (« le voyage intérieur », par ex. Sur ton site « Magic box » ) comme une sorte de tristesse, qu’est ce qui t’inspire ce sentiment à travers celles-ci ? : Je préfère parler de mélancolie, de nostalgie plutôt que de tristesse. Je me vide dans mes images et donc, je suis joyeux en dehors.
Tu y crées ton propre univers en transformant les couleurs, matières et formes de tes photographies, quel a été le déclic ? : Le déclic : mouhahahaha ! !.
Dans quel élément te sens-tu le mieux ? Quel est celui qui fait partie intégrante de ta vie ? : Chez moi : je suis, à la fois, autour de moi et en moi
Qu’est-ce qui te fait peur ? : la peur.
Qu’est-ce qui t’attriste ? : la souffrance morale ou physique chez les autres et chez moi.
Qu’est-ce qui te scandalise ? : la bêtise, celle qui porte préjudice aux autres
Qu’est-ce qui te fâche ? : la méchanceté. La  méchanceté est toujours gratuite.
Qu’est-ce qui te fait rire ? : A peu près tout. Sans l’humour, il est impossible de vivre en société (à mon humble avis).
Quels sont les défauts que tu ne peut pas supporter chez les autres ? : La pédophilie, le harcèlement sexuel, le racisme, l’exploitation des autres, l’injustice, le manque de générosité, l’égoïsme, l’absence total d’humour.
Quels sont les défauts que tu ne peut pas supporter chez toi : Mon invraisemblable bêtise, qui fait que j’ai fumé pendant des années, au mépris de la vie des autres et de la mienne, mon incorrigible gourmandise et bien d’autres.
Tu n’a vraiment pas peur de la mort ? : si : je m’apprécie au plus haut point, je suis mon meilleur pote, je n’aimerais pas me perdre. Vous vous rendez compte ? : me dire adieu, un mouchoir à la main (moi qui déteste les adieux sur le quai d’une gare), voir les autres m’enfermer dans une caisse et enterrer cette caisse (pour être certain de ne plus me voir, sans doute). Je connais déjà ceux qui pleureront des larmes de crocodile et ceux qui se frotteront les mains de contentement.
T´est il déjà arrivé d’avoir envie d´écrire l´histoire de ta vie ? : Pour parler de choses dont personne n’a rien à fiche ! : non ! . En outre, ma vie n’est pas finie, je pense ? . A moins que vous n’ayez des informations… mmhh ? ..
Si tu devais exprimer une dernière volonté avant ton exécution capitale. Qu’elle serait-elle ? : Apprendre le chinois ou le sanskrit.
Qui est ton héros ou héroïne virtuel ? : moi, quand je rêve. Je vis des tas d’aventure lorsque je dors.
Quel est, pour toi, le plus grand événement du 20° siècle : l’envoi d’un homme sur la lune. Malheureusement on a pas continué. on va devoir encore supporter les autres.
Tu n’as pas l’air d’aimer les Hommes ?. Si déjà ils s’aimaient eux-mêmes, mais c’est le seul être vivant, à ma connaissance, à détruire son propre et unique habitat. L’Homme n’a pas besoin d’ennemis, il suffit à la tâche. S’il avait maîtrisé plus de technologie sophistiquée, il aurait déjà détruit la galaxie entière.
Tu dis, dans une autre interview, que tu te diriges vers la littérature ? : Oui, je ne passerai plus pour quelqu’un pratiquant un art de seconde zone. Lorsqu’on me demandera quel métier je fais, je répondrai : écrivain. Ca a quand même plus d’allure que « photographe ». En attendant, il faut encore que j’écrive au moins un livre et que ce dernier soit publié. Il se passera encore beaucoup de temps avant que j’obtienne un peu de considération de mes semblables. D’autant plus que l’humour sera loin d’être absent, dans cet ouvrage et que celui-ci est mal considéré par « l’intelligentsia ». A-t-on déjà vu décerner un prix à un film, une pièce de théâtre ou un livre comique ? .
Où puises-tu toute cette énergie ? . Dans mon instinct de vie et mon envie d’être enceint, je suppose.

Quelque chose que tu n´as pas ou pas encore et que tu aimerais posséder? :
Le bonheur, c´est de continuer à désirer ce qu´on possède (Saint Augustin).
Quel est ton état d’esprit actuel ? : Ce que je vois autour de moi ne me plait pas.. J’ai l’impression que tout se dégrade dans tous les domaines, mais c’est peut être moi qui vieillis.
Pourtant, il y a de sacrés progrès. Le téléphone portable, les prévisions météo… Le téléphone portable ? , On peut y lire l’heure, photographier, filmer, avoir son horoscope, avoir une analyse des lignes de sa main, mais toucher quelqu’un pour lui parler devient extrêmement difficile. La météo ? .  Jadis, mon oncle sortait, mains dans les poches, regardait le ciel et prédisait correctement la météo. Maintenant, il y a pour des millions de dollars de satellites dans l’espace et des diplômés de grandes écoles, à ne plus savoir qu’en faire et des gens vous disent qu’il fait beau, alors que vous voyez la neige tomber, par la fenêtre.
As-tu d’autres passions ? : Oui, le tricycle et l’ocarina ! ..
Quelle est la drogue qui te fait avancer dans la vie ? : Tous les matins quand je m´éveille, je me dis que j’ai beaucoup de chance d’être encore en vie…. c’est très motivant
Ta devise ? : l’euro.
Quels sont tes héros favoris : Albert et Franck Einstein.
Si tu faisais du cinéma, quel film ferais-tu en premier ? : Une version de Roméo et Juliette, avec Madonna et Arnold Schwarzenegger ou alors avec Josiane Balasko et Michel Blanc.
J’ai lu plusieurs de tes interviews. Tes réponses aux questions posées ont souvent un caractère humoristique. Pourquoi ? : Parce que j’ai du mal à imaginer que quelqu’un d’autre que moi (et encore : j’ai beaucoup de difficultés moi-même) puisse s’intéresser aux petits soubresauts de mon insignifiante existence. Alors, j’essaie de faire sourire mon hypothétique lecteur. C’est toujours cela de gagné.
Tu aimes répondre à des interviews ? :
Répondre à une interview est un exercice un peu dangereux, car fait dans le moment et sans repentir possible. Impossible de revenir en arrière quand c’est publié. Ainsi, moi, je regrette le début de ma première interview sur le web (sur Artkaos): c’était lourd et ce n’était pas drôle du tout, contrairement à mes espoirs.
Par ailleurs, je répondais à la question : A ce jour quel est ton souhait photographique ?, par :  photographier l’âme des femmes. Ce que je voulais dire, c’est : photographier leur féminité, leur insondable mystère, pour nous, les hommes, leur façon d’être, enfin, tout ce qui nous étonne et nous émeut, chaque jour, chez elles. Photographier leur âme est non seulement, prétentieux ( j’en avais déjà conscience à l’époque) mais stupide : les auteurs photographes sont semblables à tous les autres artistes contemporains : leur œuvre n’est qu’un auto portrait, encore et toujours recommencé. En outre, chaque femme est différente et « la donna è mobile », comme le chante le Duc de Mantoue (ténor), dans le troisième et dernier acte de « rigoletto » de Verdi.
Quel est le lieu où tu aimes te retrouver seul pour méditer ? : la forêt, le jardin ; mon bureau ou ma chambre à coucher.
Que ressens-tu en faisant une prise de vues ou en la traitant à postériori ? : Quand je réalise une image, j´ai l´impression de découvrir un film dont je suis le premier spectateur !
Laquelle de tes expos, t’a le plus marquée ?: Chacune m´a marqué en son temps, mais la rétrospective de mes petits Mickeys au Musée de l’Architecture, à Liège (j´occupais TOUT l´espace !), à été un TRES grand moment !
Serais-tu prêt à renoncer à la photo ou est-ce quelque chose qui fait entièrement partie de toi ? : oui, je serais prêt à y renoncer s’il y a un crayon et du papier ou une toile et de la couleur. Enfin, quelque chose pour s’exprimer, quoi ! .
Tu es un artiste ? : on le dit, mais je n’en suis pas certain. Après tout, la prise d’une photographie n ‘est que l’équivalent visuel d’un enregistrement sonore. On y ajoute un peu plus de ceci (équivalent visuel des graves), un peu moins de cela (équivalent visuel des aigus) et puis c’est tout.
Tu es un photographe, tout de même ?. Forcément ? ! : j’espère que non : les photographes ne sont capables que de parler de photographie et encore, souvent de la leur, celle des autres ne les intéressant que peu.
Que pense-tu des logiciels de manipulation de l’image ? : j´aime la sérénité de ces moments de concentration extrême et de doux isolement. J’aime le fait de décider de TOUTE MON image. J’aime l’ivresse qui m’étreint lorsque quelque chose en moi, me dit que c’est terminé, que je ne ferais pas mieux, même si je m’acharnais pendent 107 ans.
Que pense-tu des nus, en photographie ? : qu’ils sont souvent motivés par une curiosité d’ordre sexuelle, suivie par un besoin de créer de la beauté avec un matériaux déjà magnifique à la base.
Que pense-tu des paysages, en photographie ? : ce ne sont pas les photos qui sont belles ou laides, à l’arrivée (y compris les miennes), mais les sujets. Il suffit de les cadrer convenablement.
Que pense-tu des portraits, en photographie ? : que les portraits les plus « vrais » sont ceux qu’on fait dans un photomaton : lumière plate, pas de tentatives d’enjolivement du modèle, par le photographe. Cela étant dit, Araki, le complice photographique de Nam Goldin a dit (et j’approuve cela totalement) : La nudité d´une femme, c´est dans son portrait et dans son visage qu´on la trouve » ! (cité par Michel Castan).
Que pense-tu de la photo de reportage ? : Que la planète entière est remplie de petits-fils de Cartier-Bresson et de Lartigue et que ceux-ci passent encore pour des novateurs auprès de certaines galeries. Elle va, par ailleurs, disparaître, au profit de citoyens possesseurs de téléphone portable.
Que pense-tu des natures mortes, en photographie ? : une pâle copie de la peinture ancienne, pour des raisons de marketing.
Que pense-tu de la photographie de mode ? : prout prout ma chère et fric international, avec les plus jolis cintres du monde. Strass, stress, paillettes et miroir aux alouettes. Tous les modèles photo rêvent de cela, même si elles ont 1m50 et 80kgs. C’est le syndrome de la salle d’attente.
Que pense-tu de la photographie ? : Aux dernières Rencontres Internationales de la Photographie, à Arles, le thème était « l’anodin » (dans le sens du n’importe quoi, d’après les photos montrées), c’est tout dire !:
Que pense-tu de tes photographies ? : appelées à disparaître avec moi, mais cela n’a aucune importance.
Qu’est-ce qui a de l’importance ? : beaucoup de choses : la faim dans le monde, par exemple, l’impossibilité de se soigner convenablement, pour des millions de gens. Le choléra qui vous frappe en Afrique, par simple absence d’eau propre.
Une citation que tu aimes particulièrement ? : Deux : « Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé et le courage de changer ce qui peut l´être mais aussi la sagesse de distinguer l´un de l´autre » (Marc-Aurèle, empereur romain) et : « Donnez-moi une bonne digestion, Seigneur, Et aussi quelque chose à digérer[Thomas Moore].
Fais-tu parfois des cauchemars ? : oui, je rêve qu’il y a des interviewers qui volent



Merci François !